Je suis honoré par l'article écrit par l'universitaire esthète et critique de cinéma tunisien notoire, Maître Hédi KHELIL dans le quotidien d'information LA PRESSE DE TUNISIE d'aujourd'hui 12 mai 2007 dans la Rubrique OMBRES & LUMIERES avec une superbe accroche à la Une.
Maître Hédi KHELIL vient de sortir, en première édition accompagnée d'un DVD, son livre ABECEDAIRE DU CINEMA TUNISIEN, un déploiement de la subjectivité savante et savoureuse du maître qui tient toujours à se définir comme CINEPHILE. On parle d'une publication de l'ABECEDAIRE DU CINEMA TUNISIEN chez Actes Sud à Paris.
Voici la retranscription de l'article tel que publié aujourd'hui sur le site de La Presse de Tunisie (www.lapresse.tn plus exactement à l'URL : http://www.lapresse.tn/index.php?opt=15&categ=11&news=49250 ) :
Fouska
Salut les enfants !
Un court métrage de Semy Elhaj
Semy Elhaj, né en 1971, est souvent inquiet, soupçonneux, tendu, en proie à une ébullition permanente. Cette inquiétude chez lui, ça passe ou ça casse.
Semy Elhaj entouré de Seïfeddine Bouchakour et de Fatma Mrad
La sérénité, la confiance en ses énormes moyens, la paix retrouvée, viendront plus tard ou ne viendront jamais. La flamme intérieure qui l’habite, ou bien elle le portera et illuminera son chemin ou bien elle le grillera et le condamnera à l’aigreur et au ressentiment. Trop pressé? Trop impétueux? Déjà désenchanté et exaspéré dans un milieu cinématographique tunisien déliquescent et cruel? Oui, sans doute. Mais Semy Elhaj n’est pas banal. Il suffit, à présent, lui si cinéphile et si sensible, qu’il ait les ressources nécessaires pour pouvoir trouver un terrain d’entente avec lui-même et avec les autres.Semy Elhaj a fait ses études secondaires au lycée Carthage-Hannibal. Après des études supérieures à l’Institut de gestion et à l’Ecole des beaux-arts, à Tunis, il fait la Fémis à Paris de 1996 à 2000. Deux courts-métrages ponctuent ses débuts, Accroupi, réalisé en 1993 dans le cadre de la Fédération tunisienne des cinéastes amateurs (Ftca) et Sur quel pied danser en 2000 au terme de son séjour parisien. Fouska («Fausse copie»), produit en 2007 par Mohieddine Témimi avec le précieux concours du ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine, est son premier opus (26 minutes) de cinéaste professionnel.
Les premiers tâtonnements
Les balbutiements d’un cinéaste, avec l’aspect expérimental qui rend si précieuses leurs approximations et leurs maladresses, dessinant les linéaments d’une démarche et préfigurent les fondements d’une atmosphère, sinon d’un univers. Le cinéma qu’aime faire Semy Elhaj est au croisement de deux thèmes majeurs : les enfants et les parents. Il s’agit d’une impulsion autobiographique, nourrie par les souvenirs de l’écolier et de l’adolescent, mais qui évite les épanchements du journal intime et les fixations du désir narcissique. Chez Elhaj, le moindre ressort fictionnel est transposé dans une surréalité avide de fantastique.Accroupi, d’une durée de 7 minutes épouse la fantaisie, grave, du conte et déroule la désinvolture, appliquée, d’une parabole. Un enfant a envie de décoller et de voltiger dans les airs. Il ne peut le faire que si ses camarades gardent le silence et lui foutent la paix. Or, à chaque fois qu’il entame son évasion, ses accompagnateurs l’apostrophent et se mettent à le taquiner. Excédé et exaspéré, l’enfant les somme de se taire une fois pour toutes. Cette esquisse touchante d’une enfance aimantée par l’apesanteur, par un lointain affranchi de la parole ambiante du monde d’ici-bas, rappelle ce dont a besoin tout acte poétique pour pouvoir s’accomplir : le silence. L’enfant n’est plus un récepteur passif des contes dont le gratifient les adultes. Avec ses ressources imaginatives inouïes, avec sa disponibilité au voyage, ses trouvailles imprévisibles, l’enfant est l’inventeur de contes. Les poètes ont découvert l’espace bien avant les cosmonautes.Tout naît chez Semy Elhaj du tiraillement, de la difficulté d’établir une ligne de partage et d’équilibre entre deux pôles, deux aspirations, deux postulations. La figure qui est la plus proche de son influx existentiel est, sans doute celle du fumanbule, comme l’indique le titre de son deuxième opus, Sur quel pied danser. Cette petite merveille évoque le voyage de Paris à Moscou qu’effectue un jeune homme sur une péniche. Cette longue traversée est dominée par le dialogue lancinant du fils avec son père et sa mère, ballotté entre l’un et l’autre, incapable d’être un interlocuteur déterminant ni un arbitre juste.
Lycée ou pénitentier ?
Un cinéaste se reconnaît à sa capacité à créer, à partir du scénario le plus minimal qui soit, une atmosphère. Dans Fouska, l’incident qui précipite les événements et met à nu les rapports de force au sein d’un collège, a trait à une fausse copie. L’examen en question porte sur l’épreuve d’éducation religieuse. Ce choix n’est pas gratuit. Peut-on tricher lorsqu’il s’agit de la parole de Dieu ? C’est un sujet simple qui puise son matériau narratif dans les interminables turpitudes scolaires dont sont capables les écoliers. Tout laissait penser que la fiction allait adopter le ton de la comédie légère. Or, il n’y a rien de tel dans le film de Semy Elhaj. L’ambiance est empreinte de gravité, l’interrogatoire mené pour identifier le coupable, rude et serré, l’institution éducative filmée comme un camp de détention.A travers les portraits des divers protagonistes de ce drame ordinaire, la nature humaine se révèle tant dans ses vertus que dans ses travers. Campé sobrement par le vieux routier Ahmed Senoussi, le directeur du lycée est austère, impitoyable, solitaire.Le surveillant est, quant à lui, un larbin, un guignol comme l’indique son accoutrement aux couleurs vives. Le camp des élèves est partagé en deux: les lâches et les courageux. L’administration désigne vite le coupable et lui empoisonne la vie.Mais c’est une fausse piste. Le vrai tricheur est, en réalité, un élève connu pour son application et son sérieux. Il n’avouera son forfait qu’à sa petite amie qui le traite alors de «pauvre type».Il n’est pas facile de filmer les enfants ni de trouver les interprètes capables de restituer ce que l’enfance a de magique et de mystérieux : le vacillement entre l’innocence et la gravité, la docilité et la révolte, la bonté et la cruauté. A cet égard, les séquences les plus convaincantes, dans Fouska, monté par Karim Hamouda, ne sont pas celles où l’action s’accélère et donne lieu à des filatures ou à de la violence physique et verbale, mais celles où elle marque du répit comme dans la scène où un adolescent et une adolescente (Seïfeddine Bouchakour et Fatma Mrad) parlant, dans le gymnase du lycée, de l’amour qui les unit. Elèves à Carthage-Hannibal où a été tourné le film, tous les jeunes, engagés, sans exception, sont justes et dans leur élément.
Hédi KHELIL
ERRATUM : Les adolescents Fatma MRAD, Seif-Eddine BOUCHAKOUR, Ala-Eddine ELYAKOUBI & Fares ELKHIARI ne sont pas élèves au lycée Carthage Hannibal. Il n'empêche que ce que dit Maître Hédi KHELIL reste valable puisque les adolescents étaient parfaitement dans leur élément du simple fait que l'histoire et les situations leur sont devenues familières après l'étude approfondie du scénario et les répétitions.
Notons également la performance des deux comédiens et profs de théâtre Chekra RAMMEH et Foued LITAYEM dans les rôles respectivement de la prof de Pensée Islamique et du surveillant du lycée.
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